La chimie biosourcée
La chimie biosourcée est-elle une alternative viable à la chimie dite « classique » ?
Depuis qu’elle est née, la chimie biosourcée a vécu plusieurs vies. En effet, il faut d’abord se souvenir que c’est la première forme de chimie que l’homme a développée, en utilisant les ressources fournies par la biomasse. Ceci est par exemple le cas de l’oléochimie ou plus récemment de l’utilisation du camphre ou de la cellulose. Ensuite, les 15 dernières années ont d’abord été celles de
l’espoir d’une croissance forte par substitution des procédés basées sur le carbone fossile par d’autres utilisant la biomasse. Mais, en ne jouant que sur la compétitivité, cette voie souffre de la chute des
prix du pétrole. La deuxième voie de développement explorée est celle de la
différenciation, qui s’attache à développer des produits aux propriétés différentes grâce à l’usage de structures que seul le vivant peut fournir à un coût acceptable.
Les avantages compétitifs d’un produit étant l’unicité de la fonction qu’il procure à un coût acceptable pour le client, les différentes composantes de sa fabrication sont importantes. Or les biotechnologies peuvent intervenir sur différents points de cette chaîne de fabrication :
- la spécificité de la structure carbonée initiale (le squelette de la molécule) peut provenir de la biomasse sélectionnée. Or cette biomasse peut elle-même être sujette à modification, notamment par l’usage des biotechnologies « vertes ».
- la spécificité peut aussi être le produit d’un procédé biotechnologique, par exemple de catalyse enzymatique, exploitant la sélectivité de cette catalyse pour fonctionnaliser de façon précise des structures elles-mêmes déjà complexes.
- en complément, la fermentation est un procédé qui permet de produire des structures élaborées, mais à partir d’une matière première de « commodité » comme des sucres. Ceci allie ainsi la différenciation du produit et la banalité de la matière première. Elle peut aussi être vue comme une industrialisation maîtrisée d’un extrait de bioressource que l’agriculture ne peut fournir avec cette efficacité.
Dans son étude pour l’UIC, le syndicat des industries de la chimie, le cabinet Advancy notait que la chimie biosourcée représentait environ pour la France une production d’environ
10 Mds € de chiffre d’affaire pour une création de valeur ajoutée estimée à 2 Mds €, correspondant à environ 24.000 emplois directs, et sans doute 3 fois plus d’emplois indirects. Cette même étude indique que
la chimie biosourcée a un taux de croissance 2 fois supérieur à la chimie « classique ». La puissance en constant développement des biotechnologies ne peut qu’être mise à profit pour répondre à ce défi de croissance.
Références
- UIC : la chimie française en 2030 : annonce : http://www.uic.fr/Developpement-durable/Politique-economique-et-industrielle/Enjeux-de-competitivite/Actualites-Competitivite/Etude-chimie-2030 étude : http://www.uic.fr/content/download/1263919/14665724/file/Dossier%20-%20conf%20de%20presse%20PJ%20UIC_8%20nov.pdf
- F Monnet : « what green is the colour of ?”, communication au congrès ISGC, La Rochelle, 16/5/2017
- Association chimie du végétal (ACDV): www.chimieduvegetal.com
- Stratégie nationale bioéconomie : présentation et accès aux documents http://agriculture.gouv.fr/la-strategie-nationale-bioeconomie-remettre-la-photosynthese-au-coeur-de-notre-economie